|
|
|
|
|
|
L'Amazone
retrouvée
de la Guadeloupe
TEXTE
ET PHOTOGRAPHIES D'AMÉDÉE DE VALOMBREUSE
Natif
de cette île française où mes ancêtres s’établirent avant la Révolution,
j’ai eu maintes fois l’occasion d’en parcourir les moindres recoins.
|
|
|
Amoureux
des oiseaux, des perroquets en particulier, je suis membre du
CDE depuis 1948 et j’abrite dans mes volières toutes les
Amazones des Antilles, à l’ exclusion bien sûr de l’ Impériale
et de la Portoricaine. Je pensais donc ne rien avoir à découvrir
et pourtant ! Mon cher ! Ma propriété (bananes et
cannes à sucre) s’étend sur 300 hectares, un peu en dessous
du Col des Deux Mamelles, à 10 kilomètres de la route qui
traverse la Basse Terre d’Est en Ouest, et tous les gens du
coin sont mes amis.
En
mars 2000, l’un de ces petits planteurs indépendants qui sont
établis plus ou moins dans la forêt protégée de la zone des
monts est venu me voir. Il me proposait de venir chez lui pour y
attraper les perroquets qui mangent ses oranges car il connaît
mon intérêt. Certain d’avoir affaire à l’une de ces
Amazones aourous qui ont été importées en masse et bien
souvent relâchées, soit volontairement, soit lors du passage
de l’un de nos funestes cyclones, je décline l’offre. Mais
il insiste : « il y a 4 oiseaux, tout vert avec la
gorge bleue et un peu sur le front ; pas du tout ceux que
je vois d’habitude qui ont du jaune et du bleu sur le front.
D’ailleurs ils sont plus gros. Moi je dis qu’ils viennent de
Dominique, ou de Montserrat, où le volcan les a dérangés ! ».
Dilemme.
Je connais bien mon homme pour savoir que, chasseur invétéré,
il ne prendrait pas des vessies pour des lanternes. Il
m’invite à le suivre immédiatement et de fait, après avoir
agrippé mon appareil photo et enfilé vêtements et chaussures
adaptés à ce genre d’opération, nous partons pour 5 heures
de marche. A la nuit, nous sommes à sa cabane. Heureusement, le
ruisseau proche est riche en Ouassous, et nous dînons de ces
crevettes délicates arrosées de rhum maison avant de nous
endormir dans les hamacs. |
|
Avant
le lever du jour, j’entends des cris de perroquets, certes,
mais différents de ceux que j’ouis chez moi. Un constat qui
m’excite ! Dans la lumière qui apparaît avant le
soleil, nous voyons passer quatre grandes ombres. Robert, mon
ami et guide (ce n’est pas son vrai nom, il préfère garder
l’anonymat, compte tenu de sa situation), acquiesce du menton :
ce sont bien les perroquets dont il m’a parlé. Il est aussi
nerveux que moi : « Amédée, j’aurais pu
t’en tirer une, mais je connais que tu les préfères vivants ! »
En fin le soleil apparaît et, chance, il fait beau.
Typiquement,
les perroquets, perchés en haut d’un grand arbre, jacassent
dans le petit matin. Une langue que j’ignore. Avec mes
jumelles, je les vois tout verts, sauf un peu de bleu tout
autour du bec. Ils descendent d’une glissade vers les orangers
couverts de mousse, et je découvre que les ailes portent de
larges taches oranges. Bien qu’ils se soient posés à
l’autre bout du verger, il nous faut 10 minutes d’approche
prudente et une observation attentive des orangers pour les
trouver sans les faire fuir. Posés dans les feuilles, ces
Amazones se fondent totalement dans la couleur et la lumière.
Invisibles ! Je sors mon appareil photos pour immortaliser
cette rencontre exceptionnelle. |

|
|
Grosse
amazone verte typique, bec gris clair, œil pâle entouré de
peau grise, petite tache bleue sur le front, la gorge et autour
de l’œil mais aussi des rémiges bleues !
Incroyable,
ces Amazones me sont inconnues ! Elles me font penser à
des Festives d’Amazonie, les bodini dont je possède un
couple, mais n’ont pas le front rouge. Quant aux rhodocorytha,
leur tête beaucoup plus colorée les en distingue immédiatement.
Rien à voir avec les Impériales, les Saint-Vincent, ou les
Amazones des grandes Antilles. En fait, les plus proches
morphologiquement sont les Sainte-Lucie et de Bouquet, mais ces
dernières sont beaucoup plus colorées et différentes :
-
Elles ont la face et la moitié de la tête bleue
-
Elles ont du rouge sur la poitrine qui chez la Sainte-Lucie
(versicolore) descend même sur le ventre.
Je
n’ose pas croire à ce que je vois ! L’Amazone de la
Guadeloupe, que personne n’a vu depuis 300 ans au bas mot ?
C’est à dire avant même l’arrivée ici de mes ancêtres !
Les premiers colons demandaient à leurs esclaves de dénicher
les jeunes perroquets dodus pour en faire leurs plats de gala.
Cinquante ans après le début de la colonisation, les
perroquets avaient disparu ! Et je dis « les »
parce que les chroniqueurs parlent d’un Ara bleu, d’une
Amazone violette et d’une Perruche verte ! Rien de moins,
mais sans description précise ni dessin… Et aucun spécimen,
malheureusement ! |
|

|
Tranquillement,
pendant que mon cœur bat la chamade et que mon cerveau
bouillonne, l’Amazone la plus proche décortique les oranges
dont elle mange un peu de pulpe et surtout les pépins. Cette
Amazone bien verte, et non violette laisserait donc entendre que
certains chroniqueurs qui distinguaient deux Amazones différentes
pour la grande île de Guadeloupe (comme pour la sœur la
Dominique) avaient raison. |
|
D’ailleurs,
cet oiseau ressemble vraiment beaucoup à une amazone de
Bouquet, le jaco de nos voisins, paré d’une marque rouge
évidente sous la gorge. Par une série de miracles,
celle-ci a donc survécu jusqu’à nos jours…
Robert,
qui pense que ces piteux voiliers ont pu fuir Montserrat en
éruption, a tort. Pour la bonne raison que l’île minuscule
n’a jamais abrité, en termes historiques connus, le moindre
perroquet ! Clic, ça y est, la bête est dans la boîte.
Un individu est descendu suffisamment proche de moi pour que je
puisse la cadrer
correctement et j’éprouve un premier sentiment de tâche
accomplie.
Ma
première idée de faire quérir du matériel de capture, filets
notamment, je l’abandonne. La responsabilité serait trop
grande, je ne supporterais pas l’échec et la perte
d’oiseaux ou de couvées. Sans parler des problèmes avec les
autorités… Que je préfère donc contacter au plus vite. Je
laisse Robert avec la mission de me tenir au courant de
l’attitude des Amazones, et je redescend vers la plaine. |

|
|
Une
fois mon film développé, ayant en main les preuves de ma
découverte, je me rends au Ministère de l’Environnement.
L’accueil chaleureux devient carrément
enthousiaste lorsque le spécialiste local confirme le
réelle possibilité de redécouverte. Nous convenons tous de
conserver le secret et, durant de nombreux mois, il a été
parfaitement gardé.
Bien
qu’un couple Tchéco-belge ait été intercepté avec un
incubateur vide à Pointe à pitre l’an dernier. Monté et
accepté en un temps record, le projet de réserve spéciale du
mamelon gris (du nom d’un vieux volcan) a permis de protéger
la zone concernée et Robert y dirige 5 gardes qui sont tous
dans la confidence et se consacrent à la préservation de la
forêt et de ses oiseaux .
Robert
a trouvé deux nids et compté un maximum de 10 oiseaux. Nous
pensons donc qu’il en existe quelques paires éparpillées qui
se rassemblent lorsque fructifient les kavas. Et les 12 et 23
mars dernier, nous avons vu respectivement deux et un jeunes
sortir des nids. L’ avenir de l’espèce semblerait donc être
assuré.
Mais tout récemment, j’ai appris par hasard que
notre grand secret avait été éventé. Comment cette nouvelle
exceptionnelle est-elle parvenue aux oreilles d’un
scientifique avide d’assurer sa propre immortalité, je ne
sais. Toujours est-il qu’un article de description de l’espèce,
qui donnera tous les détails concernant la localité doit paraître
et officialiser notre découverte. Non seulement mon nom, DE
VALOMBREUSE, n’apparaîtrait nulle part, mais en outre je
crains fort pour la tranquillité de ceux qui au cours des mois,
sont devenus mes chouchous. Malheureusement, le cours des choses
ne peut plus être arrêté, et c’est pourquoi il m’a semblé
que le minimum que je puisse faire, pour tous mes amis
cédéistes,
et éleveurs passionnés, c’était de doubler cette
publication, en vous faisant part, en primeur, d’une découverte
qui fera date dans l’histoire du vingt –et-unième siècle !
|

retour
haut de page
|
|